
Filière ingénieur 2025-2026 : les chiffres officiels et ce qu’ils changent pour l’orientation de votre enfant
IngénieurPublié le 11/06/2026
La France aura besoin de 100 000 ingénieurs et techniciens supplémentaires à recruter par an d’ici à 2035. C’est le constat sans appel du rapport de l’Institut Montaigne « Métiers de l’ingénieur : démultiplier nos ambitions » (mai 2025). Il prend une résonance particulière à la lecture de la dernière note statistique du ministère de l’Enseignement supérieur : 157 600 étudiants sont aujourd’hui inscrits en cycle ingénieur, sur une trajectoire de croissance lente. Entre l’urgence nationale et les choix d’orientation d’un lycéen, il y a un maillon essentiel : comprendre la filière, ses voies d’accès, ses réalités, et agir en conséquence.
Un déficit scientifique qui compromet l’avenir industriel de la France.
Les signaux d’alerte s’accumulent. L’étude PISA 2022 révèle qu’en vingt ans, le niveau en mathématiques des élèves français de 15 ans a chuté de l’équivalent d’une année scolaire entière. L’étude TIMSS 2023 classe les élèves français de CM1 derniers de l’Union européenne en mathématiques, et en queue de peloton en sciences. Les prochains résultats PISA, attendus en septembre 2026, porteront cette année sur les sciences comme domaine principal, et permettront de mesurer si la tendance s’est infléchie.
Ce recul du niveau scientifique n’est pas sans conséquences directes sur la filière ingénieur : si les fondations se fragilisent au collège et au lycée, le vivier de futurs ingénieurs se réduit mécaniquement. Et la France, déjà en retard sur ses voisins européens pour le taux d’emploi des moins de 25 ans, ne peut pas se permettre ce recul.
Selon le rapport de l’Institut Montaigne « Métiers de l’ingénieur : démultiplier nos ambitions » (mai 2025), la France aura besoin de 100 000 ingénieurs et techniciens à recruter par an d’ici à 2035 pour soutenir ses ambitions de réindustrialisation. Atteindre cet objectif impliquera, en plus de 40 000 reconversions professionnelles, la formation de 60 000 diplômés supplémentaires chaque année. Aujourd’hui, 70 % des recruteurs peinent déjà à embaucher des ingénieurs qualifiés. L’orientation scientifique n’est pas qu’un choix individuel : c’est un enjeu économique national.
157 600 étudiants en cycle ingénieur : une filière en transformation.
A la rentrée 2025, 157 600 étudiants sont inscrits en cycle ingénieur en France, selon la Note Flash publiée en juin 2026 par le ministère de l’Enseignement supérieur (SIES 2026-14). L’effectif est en très légère baisse par rapport à 2024 (-0,6 %), mais progresse de 2,0 % sur cinq ans. Les écoles publiques forment près de sept futurs ingénieurs sur dix : 51,6 % dans les écoles sous tutelle du ministère et 16,7 % dans celles des autres ministères. Les écoles privées accueillent trois étudiants sur dix (31,7 %), une part en légère hausse sur cinq ans.
La carte des voies d’accès : une diversité de chemins encore mal connue.
C’est sans doute le point le plus mal connu des familles. La filière ingénieur n’est plus accessible par un seul et unique chemin. La note SIES identifie cinq grandes catégories de nouveaux entrants, et deux voies dominent en se livrant désormais un duel serré.

La CPGE (34,0 %) reste la première voie d’entrée, mais elle est désormais talonnée par le CPI (30,9 %), en progression de 1,2 point en un an. Le CPI, classe prépa intégrée directement dans l’école, accessible post-bac via Parcoursup, représente une logique différente : la sélection se fait en Terminale, sans attendre deux ans de CPGE scientifique. Les titulaires d’un BUT, DUT ou BTS représentent 15,3 % des entrants ; la voie universitaire 6,5 % ; et les autres passerelles 13,3 %.
Le profil des entrants diffère fortement selon le type d’école : dans les écoles privées, le CPI domine (48,8 %) et la CPGE ne représente que 16 % des entrants. Dans les écoles publiques MESRE, la CPGE reste en tête (36,3 %), devant le CPI (27,1 %).
Derrière les cinq catégories statistiques de la note SIES, il y a une réalité bien plus riche, et bien moins connue des familles.
La CPGE (34 %), deux ans en lycée, puis concours communs : Mines-Ponts, Centrale-Supélec, E3A-Polytech, Geipi Polytech, CCINP… Voie exigeante, chemin privilégié vers les grandes écoles publiques (Polytechnique, Mines Paris, Centrale Paris…). A noter : E3A-Polytech recrute aussi des étudiants post-bac dans certaines écoles du réseau Polytech.
Le CPI — cycle préparatoire intégré post-bac (31 %), accessible en Terminale via Parcoursup :
• Public : INSA, Universités de Technologie (UTC, UTT, UTBM), Geipi Polytech, Galaxy…
• Privé : concours Puissance Alpha, Avenir, Advance (ESILV, EPITA, ESIEE, ISEP…), écoles sur concours propres (ECAM, ICAM…)
BUT, DUT et BTS en passerelle (15 %), intégration en école via E3A-Polytech, Geipi ou concours propres. Une voie de rebond solide, souvent sous-estimée.
Le bachelor agro — une nouvelle voie vers l’ingéniorat agronome (rentrée 2026)
Créé par la loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire (LOSARGA, mars 2025), le bachelor agro est un nouveau diplôme national de niveau bac+3 (grade de licence) qui fait le lien entre le BTSA et les écoles d’ingénieurs agronomes. À la rentrée 2026, il est accessible aux titulaires d’un bac+2 (BTSA prioritairement, mais aussi BUT, L2…) ; à partir de 2027, il sera accessible directement après le bac via Parcoursup, pour un cursus complet de 3 ans. Le cadre national prévoit une passerelle possible, via concours spécifique, vers la première année du cycle ingénieur agronome dans l’établissement co-porteur — pour un nombre limité d’étudiants sélectionnés en fin de bachelor. Selon Anne-Lucie Wack, directrice de l’Institut Agro, c’est « un nouveau pont entre le technique et le supérieur, pour contribuer au renouvellement des générations en agriculture ».
À noter également : plusieurs grandes écoles (Polytechnique, CentraleSupélec, Mines Ponts…) et écoles privées (EPITA, ESILV, ISEP…) proposent leurs propres bachelors bac+3, qui peuvent ouvrir une passerelle vers leur cycle ingénieur. Les conditions de poursuite varient selon les établissements et méritent d’être vérifiées au cas par cas.
La voie universitaire (6,5 %), admissions sur dossier ou concours propres après L2 ou L3.
Les prépas ATS, adaptation technicien supérieur — une formation d’un an accessible après un BTS ou BUT, qui prépare au concours ATS donnant accès à 44 écoles d’ingénieurs en 2026, organisé par l’ENSAM. Les classes ATS accueillent près de 50 % d’étudiants boursiers — c’est l’une des voies les plus efficaces pour les profils techniques issus de milieux modestes qui souhaitent viser un diplôme d’ingénieur sans refaire deux ans de prépa classique.
L’apprentissage : un ingénieur sur cinq se forme désormais en alternance.
32 900 étudiants en cycle ingénieur sont en apprentissage en 2025-2026, soit 20,9 % des inscrits, 4,4 points de plus qu’il y a cinq ans. C’est une transformation structurelle de la filière, particulièrement visible dans les écoles privées (30,6 % d’apprentis, contre 16,4 % dans le public). Pour une famille qui s’interroge sur le financement de cinq années d’études, l’alternance dans le cycle ingénieur mérite une attention sérieuse : rémunération dès la première année, immersion professionnelle réelle, employabilité renforcée à la sortie.

Le paradoxe : plus de portes d’entrée, mais toujours les mêmes profils.
C’est la tension la plus frappante que révèle la note SIES : alors que les voies d’accès à la filière ingénieur n’ont jamais été aussi diversifiées, la sociologie des étudiants, elle, ne bouge presque pas.
Sur le genre : 29,3 % des inscrits sont des femmes en 2025-2026, soit 46 100 étudiantes. C’est 0,3 point de moins qu’en 2024, et seulement 0,6 point de plus qu’il y a cinq ans. Les écarts entre domaines sont considérables : 63,8 % de femmes en chimie et génie des procédés, mais seulement 19,2 % en services de transports et 19,3 % en informatique.
Répartition femmes / hommes

| Domaine de formation | % femmes |
|---|---|
| Chimie, génie des procédés, sc. de la vie | 63,8 % |
| Agriculture et agroalimentaire | 55,6 % |
| Sciences physiques et mathématiques | 38,3 % |
| Architecture et bâtiments | 32,2 % |
| Industrie de transformation et production | 28,8 % |
| Mécanique | 24,2 % |
| Ingénierie et techniques apparentées | 22,9 % |
| Electronique, électricité | 20,8 % |
| Informatique et sciences informatiques | 19,3 % |
| Services de transports | 19,2 % |
Sur l’origine sociale : 53,6 % des inscrits ont pour parent référent un cadre supérieur, un enseignant ou une profession libérale. Seulement 4,4 % sont enfants d’ouvriers. En cinq ans, cet écart s’est creusé : la part des milieux favorisés a progressé de 2,2 points, celle des milieux moins favorisés a reculé de 1,3 point.

Ce paradoxe a une explication probable : l’information sur les voies d’accès reste inégalement distribuée selon les lycées et les familles. Un lycéen dont les parents ne sont pas passés par l’enseignement supérieur a statistiquement moins de chances de connaître l’existence d’un concours Geipi Polytech, d’une prépa ATS, ou d’un CPI accessible via Parcoursup dès la Terminale. La complexité du système produit de l’autocensure. Et parfois, c’est l’image même du métier qui freine : trop technique, trop solitaire, réservé aux « forts en maths ». Notre article sur le métier d’ingénieur déconstruit ces idées reçues une par une, et donne des arguments concrets pour ne pas refermer cette porte trop vite.
La filière ingénieur n’a jamais eu autant de portes d’entrée. Mais elle n’a jamais été aussi complexe à déchiffrer pour une famille qui n’en vient pas. Voici ce qu’il faut retenir.
La CPGE n’est plus la seule voie. Les Ecoles Post-Bac (INSA, UT, concours Geipi Polytech, Galaxy, Avenir, Advance, Puissance Alpha) représentent désormais 31 % des entrants. Le BUT, le BTS, la licence sont des passerelles réelles. Connaître la carte complète avant la Première n’est pas un luxe : c’est une nécessité.
L’apprentissage change la donne financière. Un ingénieur sur cinq se forme en alternance. Pour les familles qui s’interrogent sur le coût de cinq années d’études, c’est une voie sérieuse, présente y compris dans de grandes écoles.
Les lycéennes ne doivent pas s’autocensurer. Informatique, électronique, mécanique : ces domaines restent très masculins, mais les employeurs y recherchent activement des femmes. La progression existe, elle est simplement lente.
L’enjeu dépasse le choix individuel. La France a besoin de 100 000 ingénieurs et techniciens supplémentaires par an d’ici 2035. Bien s’orienter vers les filières scientifiques et techniques, c’est contribuer à un défi économique national. Ce n’est pas une raison suffisante de choisir une filière — mais c’est une excellente raison de ne pas s’en détourner par manque d’information.
Votre enfant s’interroge sur la filière ingénieur ? Vous voulez comprendre quelle voie lui correspond — CPGE, école d’ingénieur post-bac, BUT, apprentissage — et quelles écoles cibler en fonction de son profil ? N’hésitez pas à nous contacter pour un accompagnement personnalisé.
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Sources : SIES Note Flash n° 2026-14, juin 2026 — Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace (Claire Létroublon, MESRE-SIES) ; Institut Montaigne, « Métiers de l’ingénieur : démultiplier nos ambitions », mai 2025 ; PISA 2022, résultats publiés décembre 2023, OCDE ; TIMSS 2023, résultats publiés décembre 2024, ministère de l’Éducation nationale (DEPP) ; Anne-Lucie Wack, directrice de l’Institut Agro, L’Étudiant, 2025 ; concours ATS, ENSAM 2026. Données SISE provisoires au 15 janvier 2026.
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Consultante en Orientation Scolaire
Cofondatrice d’Eurêka Study
Cabinet d’orientation à Paris 16° & Consultation OnLine
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