
Votre enfant veut devenir ingénieur mais peine en maths ? Voici ce que vous devez savoir avant de le décourager
Orientation Sciences et ingénierie Conseils parents Filières post-bac
Publié le 25/04/2026
Il y a une scène que je vis régulièrement en séance. Un lycéen entre dans mon bureau avec une lueur dans les yeux quand il parle de construire des ponts, de concevoir des prothèses, de travailler sur des voitures électriques ou des fusées. Et puis, presque systématiquement, vient la phrase qui tue tout : « Mais je suis nul en maths, alors bon… » Parfois c’est lui qui la dit. Parfois c’est son parent qui la glisse, avec les meilleures intentions du monde. Cet article, je l’écris pour vous, parents d’un adolescent qui s’intéresse aux sciences, à la technologie, au concret, et qui commence à douter.
Ingénieur, c’est rester derrière un bureau — et si c’était faux ?
C’est l’image la plus répandue, et la plus réductrice. L’ingénieur serait un technicien solitaire, vissé à son écran, perdu dans des équations. Cette représentation est non seulement fausse, elle est à l’opposé de ce que vivent la plupart des ingénieurs au quotidien.
Prenons un exemple que vos enfants connaissent bien : Decathlon. Derrière chaque produit, la tente deux secondes, le masque de snorkeling Easybreath, les chaussures de trail, il y a le Decathlon SportsLab, un centre de recherche et développement unique en son genre. Une cinquantaine d’ingénieurs y travaillent chaque jour, mais pas derrière un écran. Ils courent. Ils scannent des pieds en 3D. Ils testent des casques sur des têtes thermiques. Ils observent des athlètes en plein effort pour comprendre comment le corps bouge, transpire, fatigue. Ils collaborent avec des sportifs de haut niveau, des médecins du sport, des designers. Le tout pour concevoir des produits qui améliorent la pratique du sport pour tous.
Ce centre dispose de quatre laboratoires : confort thermique, sciences du mouvement, morphologie, et sciences sensorielles et comportementales. Les ingénieurs qui y travaillent sont, dans le vrai sens du terme, les mains dans le cambouis, même si ce cambouis ressemble plutôt à de la mousse de protection ou à un prototype de semelle intelligente.
L’ingénieur biomédical : quand la technique sert à soigner.
Voici un exemple encore plus parlant pour les familles qui cherchent un métier avec du sens au sens le plus direct du terme.
Imaginez votre enfant qui, un mardi matin à 6h30, entre dans un service de réanimation d’un CHU. Une alarme retentit. Un respirateur affiche une anomalie. L’équipe soignante est là , le patient aussi. Et c’est lui, l’ingénieur biomédical, qu’on appelle. Parce que sans lui, la machine ne repart pas. Et sans la machine…
L’ingénieur biomédical conçoit, installe, maintient et améliore les équipements médicaux : scanners, IRM, appareils de dialyse, pacemakers, robots chirurgicaux, dispositifs de surveillance cardiaque. Il travaille à l’interface exacte entre la technique et le soin humain. Il n’est pas médecin, mais il dialogue quotidiennement avec des médecins, des chirurgiens, des infirmières. Il comprend leurs besoins, traduit leurs contraintes en solutions techniques, et contribue directement à la qualité des soins reçus par les patients.
| La triple culture de l’ingénieur biomédical | Ce que ça veut dire concrètement |
|---|---|
| Culture technique | Electronique, informatique médicale, mécanique des fluides |
| Culture médicale | Physiologie, protocoles cliniques, dialogue permanent avec les soignants |
| Culture réglementaire | Normes CE, certifications, conformité aux exigences de sécurité patient |
Et le secteur recrute massivement. Les établissements publics et les cliniques sont en forte croissance de recrutement entre 2024 et 2026. L’industrie biomédicale explose, portée par les start-ups et les grands groupes internationaux. Plus de 90% des jeunes diplômés en génie biomédical trouvent un poste dans les six mois suivant leur diplôme.
Un métier au coeur des défis de notre époque.
Si votre enfant est de ceux qui regardent les infos et se demandent comment on va résoudre tout ça, alors il a exactement le profil pour l’ingénierie. Transition énergétique, mobilité durable, agriculture raisonnée, construction bas-carbone, gestion de l’eau, santé numérique : les grandes questions de notre siècle sont des questions d’ingénierie autant que de politique ou d’économie.
Une étude récente de l’Institut Mines-Télécom est éloquente : dès leur premier poste, près de 40% des jeunes ingénieurs diplômés contribuent à des projets à impact social, sociétal ou environnemental. Ce n’est pas une promesse lointaine réservée aux fins de carrière. C’est la réalité du premier emploi. Et selon une étude publiée début 2026, les lycéens eux-mêmes associent spontanément le métier d’ingénieur à l’innovation, à la résolution de problèmes concrets et à la capacité d’apporter des réponses aux grands enjeux contemporains. Ils voient juste. Ce qui leur manque souvent, c’est de comprendre comment on y accède.
Un métier d’équipe, ouvert sur le monde.
Un projet d’ingénierie est, par nature, un projet collectif. On ne conçoit pas un avion, un médicament, un réseau de transport ou un bâtiment basse consommation seul dans son coin. On travaille en équipes pluridisciplinaires : des ingénieurs de spécialités différentes, des designers, des commerciaux, des juristes, des médecins selon les secteurs. La capacité à communiquer, à convaincre, à écouter, à coordonner est au moins aussi importante que la maîtrise technique.
Et ces équipes sont souvent internationales. Selon l’enquête annuelle de la Conférence des Grandes Écoles, 1 jeune ingénieur sur 9 trouve son premier emploi hors de France. La Suisse, le Canada, l’Allemagne, le Royaume-Uni sont les destinations les plus courantes. En réalité, la formation d’ingénieur est l’une des plus transférables qui soit.
L’intelligence artificielle : parlons-en vraiment.
C’est la question que tous les lycéens, et leurs parents, se posent. Et elle mérite une réponse honnête, pas rassurante à bon compte.
Les plans de licenciements s’accumulent et vous les voyez passer : Microsoft a supprimé plus de 15 000 postes en 2025, dont une large part d’ingénieurs et de développeurs. Amazon, Meta, Intel ont suivi. L’argument avancé est souvent le même : l’IA prend le relais sur les tâches juniors. Et les jeunes diplômés le ressentent directement. Selon l’enquête CGE 2025, seulement deux ingénieurs sur trois de la promotion 2024 étaient en emploi début 2025, avec près de 15% encore en recherche active plusieurs mois après leur diplôme. C’est un recul historique, confirmé par l’INSEE et l’APEC.
Il faut donc le dire clairement : le marché s’est durci pour les jeunes ingénieurs, en particulier dans l’informatique et le développement logiciel. L’IA automatise en priorité les tâches traditionnellement confiées aux profils juniors : génération de code, analyse de données standardisée, rédaction technique. Les grandes entreprises tech recrutent moins d’entrants, et davantage de profils expérimentés capables de piloter ces outils.
Mais voilà ce que les mêmes données révèlent en creux, et c’est là que l’orientation devient décisive.
Il s’agit d’une restructuration sectorielle, pas d’un effondrement général. Le durcissement touche principalement la tech pure. Les ingénieurs en génie biomédical, en énergie, en aéronautique, en défense, en génie civil, en environnement ou en agroalimentaire vivent une réalité radicalement différente. La France manque structurellement de 20 000 ingénieurs formés par an dans ces filières, un déficit que l’IA ne comble pas.
Energie et transition écologique : le secteur pourrait créer 100 000 nouveaux postes d’ici 2030 (ADEME 2024). EPR2, gigafactories de batteries, hydrogène, renouvelables : les chantiers sont immenses.
Santé et biomédical : la e-santé, les dispositifs connectés et le vieillissement de la population créent une demande structurelle durable. Plus de 312 000 postes dans les sciences de la vie sont attendus d’ici 2030.
Cybersécurité : plus de 23 000 offres publiées en France en 2024, en hausse de 49% depuis 2019. La pénurie est chronique.
Industrie et réindustrialisation : les ingénieurs process, méthodes, qualité et maintenance restent très recherchés dans l’agroalimentaire, la pharmacie, la chimie et les matériaux.
Ce qui change aussi, c’est ce que les entreprises attendent d’un jeune diplômé. La compétence technique seule ne suffit plus. Ce qu’on cherche, c’est la curiosité, la capacité d’adaptation, et l’aptitude à créer de la valeur dans des environnements en transformation permanente. Ce sont des qualités humaines, pas des lignes de code.
Et l’expérience terrain devient déterminante. Selon l’enquête CGE, le principal frein cité par les jeunes ingénieurs en recherche d’emploi n’est pas leur diplôme : c’est le manque d’expérience professionnelle. Les parcours en alternance et les stages longs améliorent significativement les taux d’insertion. C’est un argument fort pour choisir une école qui intègre l’apprentissage.
Pour votre enfant qui entre en école d’ingénieurs dans deux ou trois ans, le message n’est pas que l’IA n’est pas un problème. Le message est : le choix de la spécialité et la qualité de l’expérience terrain seront les vrais déterminants de son insertion. Ce n’est plus le diplôme seul qui ouvre les portes. C’est le profil complet. Et c’est précisément ce que le travail d’orientation permet de construire.
Des chiffres à connaître.
| Indicateur | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Taux de chômage ingénieurs 30-54 ans | moins de 3% | IESF 2025 |
| Salaire brut médian annuel | 67 000 € | IESF 2025 |
| Jeunes diplômés 2024 en emploi début 2025 | 66,7% (recul historique) | Enquête CGE 2025 |
| Encore en recherche 3 mois après le diplôme | 14,9% | Enquête CGE 2025 |
| Déficit annuel d’ingénieurs en France | 20 000 par an | Jobteaser 2025 |
| Jeunes ingénieurs à impact dès le 1er emploi | 40% | Institut Mines-Télécom 2025 |
Votre enfant peine en maths et en physique : faut-il vraiment renoncer ?
C’est la question la plus délicate, et celle qui revient le plus souvent dans mon cabinet. Je vais vous répondre avec la franchise que vous méritez.
Non, les difficultés en maths ou en physique en seconde ou en première ne sont pas une sentence définitive.
Premièrement, le niveau de maths requis varie énormément selon les filières et les spécialités. Un ingénieur biomédical n’a pas le même rapport aux mathématiques qu’un ingénieur en modélisation numérique. Un ingénieur en conception de produits sportifs utilise des statistiques et de la physique des matériaux, pas des intégrales triples. Il existe des cursus d’ingénieurs accessibles via des BUT (Bachelor Universitaire de Technologie), des prépas intégrées ou des admissions parallèles, qui forment d’excellents professionnels sans passer par les classes préparatoires MPSI ou PCSI.
Deuxièmement, la difficulté scolaire en maths n’est pas toujours ce qu’elle semble être. Je vois régulièrement des jeunes qui peinent en maths au lycée parce qu’ils s’ennuient dans des exercices abstraits déconnectés de tout contexte, et qui s’épanouissent totalement dès qu’on leur donne un problème concret à résoudre. L’algèbre pour l’algèbre ne parle pas à tout le monde. La physique appliquée à la conception d’un casque de vélo, ça parle à beaucoup plus de monde.
Troisièmement, il faut distinguer la difficulté passagère du décrochage profond. Un lycéen qui a eu 8 en maths en seconde mais 14 en première après un accompagnement ciblé n’est pas le même profil qu’un lycéen en souffrance durable avec les sciences. Le premier peut tout à fait envisager une filière d’ingénieur. Le second mérite qu’on explore avec lui d’autres voies tout aussi riches.
Comment motiver un jeune vers les sciences quand il doute ?
Je ne crois pas beaucoup aux discours motivants abstraits. Ce qui change les représentations, c’est le concret.
Montrez-lui des ingénieurs en action. La chaîne YouTube de Decathlon SportsLab, les documentaires sur la conception des fusées Ariane, les reportages sur les ingénieurs qui travaillent sur les prothèses bioniques ou les vaccins à ARN messager. Quand un adolescent voit que faire de l’ingénierie peut vouloir dire travailler sur des équipements sportifs avec des athlètes olympiques, ou concevoir le scanner qui diagnostique les cancers plus tôt, les équations du lycée prennent un autre sens.
Valorisez la curiosité plus que les notes. Un jeune qui démonte son vélo pour comprendre comment fonctionne le dérailleur, qui passe des heures sur des jeux de construction ou de programmation, qui pose des questions sur pourquoi ça marche comme ça : ce jeune a quelque chose d’essentiel. Les notes sont un outil de mesure imparfait. La curiosité, elle, ne se mesure pas, mais elle fait les meilleurs ingénieurs.
Parlez-lui de sens. La génération de vos enfants n’est pas motivée par le salaire seul, et c’est une bonne nouvelle. Elle veut que son travail serve à quelque chose. Or le métier d’ingénieur est peut-être, aujourd’hui, l’un de ceux qui offre le plus grand éventail de réponses à cette aspiration : soigner, construire, protéger, innover, rendre accessible, durer.
Et accompagnez-le dans sa réflexion. Pas en décidant à sa place, pas en le rassurant à vide, mais en l’aidant à se connaître mieux. Quels sont ses vraies forces ? Quels environnements de travail lui correspondent ? Quelle spécialité parmi toutes celles qui existent lui parlerait vraiment ? Ce travail d’exploration, fait sérieusement, change des trajectoires.
En conclusion : ne laissez pas un cliché fermer une porte.
Le métier d’ingénieur n’est pas ce qu’on croit. Ce n’est pas un métier de bureau solitaire. Ce n’est pas un métier réservé aux surdoués en maths. Ce n’est pas un métier sans contact humain, sans sens, sans terrain.
C’est un métier qui se joue dans les laboratoires de recherche sur le corps des sportifs, dans les couloirs des hôpitaux au petit matin, sur les chantiers d’éoliennes en mer, dans les ateliers de prototypage, dans les équipes de développement de médicaments contre le cancer. Un métier qui se construit en équipe, qui s’ouvre sur le monde, qui se renouvelle avec chaque nouvelle technologie.
Oui, le marché de l’emploi se transforme. Oui, certaines spécialités sont bousculées par l’IA. Mais pour un lycéen qui entre aujourd’hui en terminale, les ingénieurs dont la France aura besoin en 2030 travailleront sur des chantiers nucléaires, des systèmes de défense, des dispositifs médicaux, des réseaux énergétiques et des technologies que nous ne savons pas encore nommer. Ce ne sont pas des métiers que l’IA remplace. Ce sont des métiers qu’elle transforme, en les rendant plus exigeants, plus stratégiques, et plus humains que jamais.
Si votre enfant a cet élan, cette envie de comprendre comment les choses fonctionnent, de résoudre des problèmes concrets, de construire quelque chose d’utile, il mérite qu’on prenne le temps de l’explorer sérieusement. Pas de l’étouffer avec une moyenne de seconde.
C’est tout le sens de l’orientation que nous pratiquons chez Eurêka Study
Votre enfant hésite sur son orientation ?
Un bilan d’orientation permet de ne pas se contenter des notes, mais de comprendre le profil profond du jeune, ses intérêts, ses aptitudes, ses valeurs, sa façon de penser, pour identifier les filières qui lui correspondent vraiment, et les chemins réalistes pour y accéder.
Recevez toutes les actualités Eurêka Study en vous inscrivant ici:
Sources :
Enquête IESF 2025, Observatoire des Ingénieurs et Scientifiques de France
Enquête CGE 2025, Conférence des Grandes Ecoles, via L’Essentiel de l’Eco
Institut Mines-Télécom, Insertion professionnelle 2025
Aufutur.fr, Sciences et métiers de l’ingénieur : comment les lycéens perçoivent-ils ces études ?, avril 2026
Journal du Net, Recruter des ingénieurs en 2026 : la course à l’expérience sacrifie-t-elle les jeunes ?, janvier 2026
Hellowork, Marché de l’emploi des ingénieurs : en 2026, être bon techniquement ne suffira plus, mars 2026
75 Secondes, Pourquoi les recrutements de jeunes informaticiens chutent en 2026, d’après la note INSEE mars 2026
Travail Industrie, Les secteurs de l’industrie qui recrutent le plus en 2026, mars 2026
France Bleu / ICI, Industrie : les dix entreprises qui vont recruter le plus en 2026, dont Thales 3 300 recrutements, février 2026
Decathlon SportsLab, engagements.decathlon.fr
Onisep, fiche métier ingénieur biomédical, 2026

